Changer le monde sans y toucher.

Changer le monde sans y toucher.

Est-ce que le monde va bien ? Même pour les plus optimistes, la question appelle naturellement des avis plutôt mitigés, souvent accompagnés d’un sentiment d’impuissance plus ou moins frustrant. Si c’est votre cas, vous sous-estimez peut-être un certain potentiel.

Que vous soyez un chef d’État, Kim Kardashian ou Elon Musk, cela n’y changerait rien. Même avec beaucoup d’influence, personne ne peut prétendre maîtriser le joyeux chaos organique de notre planète. Ce que l’on ne contrôle pas a une fâcheuse capacité à nous angoisser. En réalité, il n’est pas nécessaire d’aller plus loin que le bout de notre journée pour vivre de terribles moments de frustration. Comment éviter que notre charge mentale s’emballe quand le quotidien se corse ?

Nous cherchons tous à façonner, contrôler, rejeter ou amortir ce qui nous entoure. Plus qu’un réflexe, c’est un principe même de la vie et de son évolution. Chaque interaction et son effet transforment le monde, même de manière infime. Certains gardent un intérieur impeccablement rangé et tentent de l’inculquer à leur conjoint ou à leurs enfants. D’autres choisissent d’entreprendre pour se frotter à l’une des plus exigeantes compétitions humaines, ou créent une association qui apportera un peu de gaieté dans leur quartier.

Dans tous les cas, lorsque l’action suit la vision avec justesse et compétence, des choses finissent par se produire. Cette idée revient souvent dans les ouvrages de développement personnel : la visualisation nous projette vers la version future de nous-mêmes et de nos accomplissements, et elle est capable d’orienter nos actions pour modeler notre environnement à notre image. Cela exige beaucoup, parfois énormément d’efforts, pour un résultat incertain. Nous avons besoin de donner autant que de recevoir cette énergie créative. Pourtant, l’inertie du monde et des événements au-delà de nos capacités peut nous décourager. Difficile de changer le monde en l’imaginant autrement, n’en déplaise à John Lennon.

Quoi que…

Il existe un puissant levier capable de transformer, à votre échelle, l’univers tout entier.

Quand changer les choses s’apparente aux douze travaux d’Hercule, il existe un puissant levier capable de transformer, à votre échelle, l’univers tout entier. C’est-à-dire tout ce que vous pouvez voir, toucher, rencontrer, imaginer. On l’oublie souvent, mais le principe d’intention et de transformation s’applique tout autant à notre récepteur interne. La réalité extérieure est une notion relative. La science nous assure qu’elle est bien plus malléable et incertaine qu’on ne le croit (les médias acquiescent). Elle change fondamentalement d’une personne à l’autre, d’un état à l’autre. C’est le principe du test de Rorschach.

Vous ne pouvez pas contrôler chaque événement autour de vous, ni tout ce qui s’y joue, mais vous avez le pouvoir de façonner la manière dont vous l’interprétez. Et c’est déjà ce que vous faites, en permanence. Votre éducation, vos émerveillements et vos traumatismes forgent le capteur photo de tout ce qui pénètre en vous. Jusqu’à la fin de votre vie, toute cette perception est adaptable, y compris votre cerveau grâce à sa neuroplasticité, même si cela devient plus difficile avec le temps.

Tout comme on peut gagner en masse musculaire, se former pour faire évoluer son poste ou réduire sa dépendance au sucre, il est possible de transformer l’état du monde… simplement en changeant de regard. Nous avons tous un petit caillou dans la chaussure qui nous empêche d’apprécier au mieux ce qui peut l’être. C’est une idée un peu provocatrice si l’on considère les alertes du GIEC ou les nouvelles de nos sociétés en prétendue dépression. Mais c’est un vecteur qui me semble essentiel. Le job du GIEC est de lister ce qui part en sucette et de trouver des parades. C’est écrit ici. Si votre vision du monde se focalise uniquement sur le rapport du GIEC, ne vous attendez pas à profiter de la vie ces prochaines années.

Début janvier, vous avez probablement pris quelques résolutions, souvent tournées vers des objectifs extérieurs atteignables. Mais avez-vous pensé à reprogrammer une perception négative récurrente ? Ces filtres mentaux, ces déclencheurs, nous les portons comme des poids invisibles, car ils sont ancrés dans un « logiciel » interne bien rodé, automatisé. C’est ce petit caillou dont je vous parle et que vous aimeriez bien enlever de votre chaussure.

Certains me rappelleront que voir le monde avec un filtre plus doux ne changera rien aux tragédies qui s’y déroulent et que l’on se doit d’être lucide. Oui, mais quelle est la norme d’appréciation du monde ? Sur quel ressenti étalonner ses émotions ? Si, par télépathie, vous aviez la capacité de voir en continu chaque fait divers horrible qui se produit, je ne vous donne pas une semaine avant de finir en psychiatrie. Les informations médiatisées et virales ne représentent qu’un millionième de la banale réalité de vies sans heurts. Et qualitativement ? Elles nous offrent un carton plein de mauvaises nouvelles.

La réalité, j’insiste, ne correspondra jamais exactement à ce que vous pensez du monde. C’est vous qui la percevez, la digérez, la créez, la recrachez. L’objectif n’est pas de s’isoler pour éviter les épreuves, mais de comprendre que vous pouvez réellement améliorer le monde… en travaillant sur la perception que vous en avez. Si vous vous obstinez à reprogrammer ce logiciel avec la même rigueur qu’un entraînement sportif et que vous appliquez cette discipline chaque jour à un aspect précis de votre vie, alors ce qui vous semblait immuable changera. Ce qui paraissait impossible à transformer se métamorphosera… pour vous.

Et si nous étions nombreux à le faire ? Si, au lieu d’être prisonniers de nos biais négatifs et de la narration anxiogène du monde, nous décidions collectivement de porter un regard plus nuancé, plus conscient, cela finirait par influer sur la réalité elle-même. Après tout, l’Histoire se dirige par une accumulation de perceptions partagées. Quand une majorité de personnes adopte une vision du monde, celle-ci devient une norme, un prisme dominant. Ainsi, changer sa propre perception, c’est aussi, d’une certaine manière, contribuer à redessiner la perception collective. Ainsi, l’action nécessaire peut prendre la bonne direction. C’est, il me semble, l’intention et la portée de la chanson Imagine de M. Lennon. C’est aussi une subtile manière d’interpréter la citation de Gandhi : « Commencez par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous. »

Ceux qui suivent me voient venir. Une longue ouverture sur la méditation conviendrait merveilleusement pour étendre cet article. J’aurai bien d’autres occasions d’y revenir sur ce blog. Retenez simplement ceci : l’effort nécessaire pour adoucir le monde est bien plus accessible si vous décidez d’en être la première cible.

Bref, si vous pensez que votre voisin est un con, cela vous demandera bien moins d’énergie de moduler votre avis sur lui… que de le changer lui-même.

Bonne réflexion.